Les maux pour les mots

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Pas de tablette ou téléphone. Sensation d’être coupé du monde. Seul le bruit de la climatisation vient troubler le silence. Chambre 333. Cela ne peut être qu’un bon chiffre 333 ! La moitié de 666.
La sonnette d’alarme est là, posée sur la table du trépied où couleraient des perches de perfusion au-dessus de la tête de Bergman avec un support à quatre crochets. À gauche un autre pied avec une poignée pour se soulever.
À son poignet toujours gauche, Bergman porte un bracelet avec son nom et son prénom. Il a également une sorte d’étiquette qui pendouille sur son pouce de pied droit. Bergman s’en moque pourtant il examine de près le bracelet. Son sexe par la lettre M puis nom et prénom Bergman L’homme. Date de naissance « inconnue ». Un numéro à huit chiffres en haut un code barre en bas. Mais Bergman L’homme s’en fout il est mort. Drôle d’endroit que le purgatoire. On dirait une chambre d’hôpital. Devant lui côte à côte un tableau blanc dont on distingue encore les traces d’un feutre ayant été mal effacées et l’écran noir d’un téléviseur éteint. Le silence lui fait du bien. La soufflerie se révèle par instant agaçante. Sur une table un broc d’eau plein et un verre vide, intact. Un épais dossier avec des chemises de différentes couleurs empilées. Une télécommande.

Commande vie et mort Sarabande du sort Pas un bruit dehors Bergman est-il mort ? Puis il pense à elle Imagination Arkhatês à tire d’aile Yeux océan Émotions Fenêtres fermées Voix d’homme couloir « Respirez marchez » Il souhaiterait le noir Maintenant l’attente Agonie restante Il est orchidée Rosée orangée Bruit d’un chariot Les mots mystérieux Vocables idiots « Il va quand même mieux »  De qui s’agit-il ? Saint Pierre mal à l’aise Version versatile Solitude le pèse Pèse de tout son poids
Sans demi-mesure Il n’a pas la foi Arkhatês murmure Lui dit « S’il te plait L’homme Tu te brûles Arrête rien n’est fait Fais attention à l’urne » Elle entre prise de sang Dans le bac dix tubes Sens fluorescent Il se lève titube Princesse sans soulier Il imagine puis rêve Tenir le bon trépied Son cœur se soulève Un cœur sans effroi Un coup à l’envers Un coup à l’endroit Bat pour un mystère Bergman L’homme est mort Dans un vrai soupir Arkhatês est dehors Attend un sourire Princesse mystérieuse Pourtant avenante Verbalise sérieuse Accepte d’être l’amante Serait-elle la vie L’homme a un instinct Instant de sursis Mais sursaut satin

Une blouse blanche, deux blouses blanches, trois blouses blanches entrent dans la chambre. Bergman l’homme se détend. Blanches se sont des anges, il est donc au paradis. Son corps se tend comme un arc sous l’impulsion de la douleur. Les blouses se penchent sur lui « Monsieur L’homme, Bergman serrez ma main si vous m’entendez… On charge, reculez ». Mais rien ne se passe. Bergman sourit. Les anges ont de l’humour. Peut-être L’Arkhatês le voit-elle mais si c’est le cas, elle est bien la seule car une autre voix plus agressive, plus technique s’exclame « Ce doit être le câble ; bon sang il nous lâche faut faire vite ; le câble du défibrillateur est tout enroulé, c’est coincé » mais la voix d’Arkhatês retentit : « Crétin ce n’est pas pluggé » La première voix plus douce « Ah oui ! Ça y est c’est dans la prise murale, reculez » La secousse électrique le sort très brutalement d’un long tunnel. La lumière s’éloigne le laissant dans une suspension d’espace-temps. Partir ou revenir. Partir ! Le suicide parfait. Revenir… L’Arkhatês est-elle vivante ? Un ange ? Son enfer sur terre ou son bonheur au paradis ? Tout à coup Bergman se sent très fatigué. Il a besoin de bouger, de se lever, de faire quelques pas, se dégourdir les jambes. Il est L’homme, l’homme, le plus fort, le maître, le dominant. Que Bergman crève, ce n’est pas grave si son Arkhatês est là-bas. Il ne veut pas quitter la lumière alors il court comme un malade pour retourner vers elle. Il court il court quand un cri strident le stoppe net. C’est un cri qui hurle, qui lui larsen les oreilles, c’est le cri de L’Arkhatês aux mille couleurs qui hurle « Reviens Bergman, je suis là reviens ! Bergman L’homme c’est un ordre REVIENS ».
Le vertige ! Bergman et son vertige. Quels sont les moteurs qui peuvent bien pousser un homme à aller au-delà de ses capacités, tenter de dépasser ses peurs ? Les anges s’affairent autour de lui. Il perçoit le Boléro de Ravel, sa musique préférée lalalalala padadadadadada bababababbbbaaba C’était leur musique. Le tunnel tangue au rythme de la musique que sa femme interprétait quand elle jouait de la clarinette dans l’orchestre symphonique de Prague. Mais son Agàta est décédée il y a quelques mois dans un accident de voiture. Agàta avec un accent sur le second A. Son amour de toujours quand lui jouait de la grosse caisse au fond de l’orchestre. Au fond mais en hauteur et la hauteur lui faisait peur. Il n’a jamais réussi à tenir sa place. Trop haut comme l’horizon même si l’horizon est à ras de mer. Ils se sont donc séparés gentiment après des années de vie commune, quand les enfants ont quitté  le foyer familial. Imperceptiblement son vertige l’a lentement fait basculer dans les méandres nébuleux de l’alcool. Agàta a poursuivi sa carrière en soliste, prenant l’avion tous les quatre matins alors que Bergman L’homme restait au sol. Le vertige a été trop fort et imperceptiblement il s’est détaché de la réalité de leur couple, des contraintes de leur quotidien. Imperceptiblement, presque malgré lui il ne l’a pas entendue s’éloigner à pas feutrés et puis il y a quelques mois il a appris son décès. Un vulgaire accident de voiture, un vulgaire platane et pfft, plus rien plus personne. Bergman l’homme est divorcé et veuf, alcoolique et seul, suicidé dans un tunnel qui lui file le vertige. À une extrémité il y a Agàta et à l’autre Arkhatês. Son présent se joue entre deux A, A comme Avenir. Le purgatoire est un enfer. Le purgatoire c’est la mort en face. Peut-être pas LA mort mais une mort de quelqu’un ou quelque chose qui brûle le cœur, se coince en travers de la gorge, secoue les neurones et imperceptiblement le fait tanguer comme lorsqu’il ingurgitait une bouteille de whisky en moins de temps que… La vérité lui apparaît dans une splendeur boréale : la vie est grandiose si son ange continue de crier comme ça : REVIENS et non pas viens. Reviens c’est son Arkhatês alors que viens c’est un platane en pleine eau de vie de poire ! C’est la mort assurée. Si les blouses blanches sont chambre 333 et non 666 c’est grand, c’est immense, c’est incroyablement beau.
Plus tard dans quelques temps quand il ira mieux sa petite arkhatês et lui feront un long voyage ensemble, un beau bout de route. Ils n’auront pas d’enfant mais vivront très heureux, très. C’est grand fort et extrêmement troublant. L’arkhatês lui sert la main. Il décide de répondre. Il a choisi.

Un cœur sans effroi Un coup à l’envers Un coup à l’endroit
Bat pour un mystère Bergman n’est pas mort Dans un vrai soupir Son Arkhatês est dehors Attend un sourire Princesse mystérieuse Tellement avenante Verbalise sérieuse Accepte d’être l’amante
Elle est la vie  L’homme a un instinct Instant de survie Vivre pour deux mains.

Musique : Sarabande de Haendel

Image ; Lumière de Le zèbre37 Tous droits réservés

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